Interviewé sur le thème de la culture d’entreprise pour notre magazine OneShot, Frédéric Mazzella nous explique ce qui caractérise celle de BlaBlaCar. Et il livre ses conseils sur la glocalisation et sur la culture client aux startuppers et aux équipes produit.

 

Qu’est-ce qui caractérise la culture d’entreprise de BlaBlaCar, depuis sa fondation en 2006 ?

La culture de BlaBlaCar est optimiste et explicite. Cela signifie que l’équipe a fait des efforts pour l’exprimer et aussi pour l’expliciter. Cela s’est fait au cours de 2 ateliers de travail : nous l’avons sortie de nos tripes ! L’implicite fonctionnait très bien… jusqu’à 60 personnes et avant notre internationalisation. Ce double cap franchi, nous avons voulu formuler les raisons pour lesquelles nous étions heureux de travailler ensemble.

 

Comment avez-vous procédé pour expliciter ainsi votre culture collective et vos valeurs ?

Ce travail s’est fait en 2012, puis en 2017. La première fois, nous étions 60 et nous sommes réunis dans un cinéma, pendant notre séminaire au ski. Chaque groupe de 6 à 8 personnes a formulé les 3 concepts qui résumaient, selon lui, la philosophie et la manière d’être chez BlaBlaCar. Au final, cela a donné 10 principes directeurs.

La seconde session, plus complexe, a mobilisé des groupes de volontaires, soit une cinquantaine de personnes impliquées parmi nos 400 collaborateurs internationaux. Cette approche bottom up a finalement été très féconde. De là sont sortis des mots comme : innovation, partage, entraide, droit à l’erreur, apprentissage, etc.

Sur cette base, nous avons fait un peu de poésie ! Cela a donné nos 6 valeurs ou BlaBlaPrinciples, formulée en anglais et avec une idée d’action :

  • Be the Member.
  • Share more. Learn more.
  • Learn. Succeed.
  • Decide. Deliver.
  • Be Lean. Go Far.
  • Fun & Serious.

 

Quelles étaient les options stratégiques pour réussir la glocalisation de BlaBlaCar ?

Disons que pour créer une équipe locale, vous avez 3 options :

  • Recruter une équipe en local, ce qui est en général très difficile car il est compliqué de manager une équipe locale à distance.
  • Trouver une entreprise ou une équipe locale, de 5 à 10 personnes, qui a déjà commencé une activité similaire à la vôtre, et leur proposer d’allier vos forces. C’est la stratégie d’aqui-hire.
  • Identifier, au sein de votre équipe, des personnes natives du pays visé ou très imprégnées de sa culture. Sur la base de leurs compétences et de leur envie de se lancer là-bas, vous faites avec elles une sorte de spin off.

 

Quelles options avez-vous choisies ? Pour quels pays ?

Notre logique a toujours été de lancer un nouveau pays en étant sur place, et pas depuis Paris. Cela correspond à notre volonté d’avoir une équipe locale pour répondre aux besoins de communication spécifiques à la culture du pays – notre objectif étant de faire adopter notre concept par une population large. La communication est donc très importante : c’est pourquoi chez BlaBlaCar, nous avons choisi les 2 dernières solutions.

En faisant de l’aqui-hire, vous faites cette proposition à vos partenaires locaux : plutôt que de construire ou reconstruire le même produit que nous, vous allez profiter d’une solution plus mature et libérer votre équipe de la nécessité de construire sa propre plateforme. Vous allez les libérer également de la nécessité d’étendre le service à d’autres pays. Et vous allez leur apporter des moyens financiers supplémentaires.

En résumé, avec l’aqui-hire, vous amenez un produit qui marche, une recette d’expansion, et un service client fonctionnel – donc vos partenaires n’ont « plus qu’à » faire grandir le service. De votre côté, avec l’aqui-hire, vous faites l’acquisition d’une société mais vous essayez surtout de faire un bon recrutement, de trouver de bons entrepreneurs, car l’équipe de départ a vocation à rester en charge du pays considéré.

C’est ce que nous avons fait avec succès en Italie, en Pologne, en Ukraine, et au Mexique notamment.

Par ailleurs, nous avons choisi la méthode spin off pour d’autres pays. Par exemple, nous avions 5 Allemands dans nos équipes, qui sont devenus les ambassadeurs du lancement du service en Allemagne. Une telle solution repose sur vos valeurs et de vos façons de travailler, et les personnes ont déjà la culture du pays visés : vous avez donc le meilleur des deux mondes.

 

Un conseil à donner aux startuppers ou aux équipes produit, pour améliorer la culture client ?

Ce qui a été le plus important pour nous, dans le cadre d’un service à évolution rapide, c’est la mise en place d’une connexion maximale entre le service client et le produit. En généralisant, surtout si le produit est amené à évoluer beaucoup, je dirais qu’il faut essayer de créer un pont solide entre le customer support et le produit. Appelons cela la customer voice ou member voice, l’important étant :

  • de rassembler les retours de la communauté,
  • de faire en sorte que ces retours aient une influence réelle sur la road map du produit.

Car dans le cas d’une plateforme web ou mobile, le produit n’est jamais terminé, jamais finalisé !

Or, si d’un côté vous avez du customer support en remote, et de l’autre des gens qui font le produit, vous allez perdre le contact avec la réalité qui se situe entre votre produit et vos clients. Et du coup, vous n’arriverez pas à faire évoluer votre service en fonction des retours clients.

Mon conseil est donc de créer un pont solide entre le customer support et le produit. Rapprochez ces équipes – même physiquement, voire sur un même plateau. Et vous verrez que ces personnes vont se parler beaucoup. À l’inverse, si ce pont n’existe pas, le produit sera figé alors que votre rôle est de le faire évoluer tout le temps, au rythme des demandes de vos clients.

 


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