Visionnaire, passionné, expert tous azimuts, Laurent Alexandre est un entrepreneur hors du commun. Invité pour une conférence Webhelp, il a décrypté les stratégies déployées par les géants du numérique pour réinventer – et dominer – l’économie du xxie siècle.

Les vagues technologiques se succèdent, de plus en plus vite…

C’est avec un sentiment de vertige, mi-exaltant, mi-effrayant, que les invités à l’événement Webhelp ont écouté Laurent Alexandre, fin novembre 2016.
Un esprit encyclopédique qui voit loin et large : chirurgien, diplômé de l’ENA, HEC, Sciences-Po, cofondateur de Doctissimo.fr, président de la société de séquençage de génome DNAVision,il est aussi expert en numérique.
« Le monde de demain va être le fruit d’un bouleversement technologique inouï. En tant qu’entrepreneurs, vous avez un rôle essentiel à jouer : vous devez faire partie de ceux qui vont ouvrir le débat sociétal, le débat politique sur notre avenir », a-t-il déclaré. Pour Laurent Alexandre, plusieurs technologies ont d’ores et déjà fusionné pour constituer les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) – qui regroupent la robotique, l’intelligence artificielle (IA) et les sciences du cerveau. Un cocktail explosif qui constitue, selon lui, une menace pour l’Europe, qui n’a pas su l’anticiper. Et ce sont les géants numériques américains et chinois qui vont en tirer les plus grands profits.

Pour les géants de l’IA, nous sommes tous des « idiots utiles »

De fait, les programmes d’intelligence artificielle et les assistants virtuels font l’objet d’une bataille entre Google (Google Now, DeepMind), IBM (Watson), Microsoft (Cortana), Amazon (Alexa, Echo), Facebook (Facebook M), Baidu (Duer)… Ces entreprises nourrissent leurs IA avec les données que nous leur confions chaque jour, faisant de nous leurs « idiots utiles », comme l’a souligné Laurent Alexandre.

Deux conséquences économiques vont surgir : très chère au lancement, l’IA va progressivement tendre vers un coût marginal nul, alors que le coût de l’intelligence humaine ne va pas baisser ; et les plateformistes ou Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) seront bien placés pour capter toute la valeur. Ces nouvelles technologies, comme toujours, ne se substitueront pas immédiatement à leurs concurrentes traditionnelles, « à l’image de Kodak, le business des acteurs traditionnels ira très bien… jusqu’à ce qu’il sombre », prévient Laurent Alexandre.

L’autre aspect, très inattendu, du mariage numérique-biologie est la naissance d’une industrie de l’immortalité… avec les mêmes acteurs économiques en tête de file ! Dans la Silicon Valley, le transhumanisme n’est plus une mode mais une vision du monde. Ses trois objectifs font l’objet d’investissements financiers colossaux : la quête de l’immortalité (allongement de la vie, lutte contre les maladies…), le corps humain augmenté (greffes, robotisation…) et la colonisation du cosmos. Seule l’IA pourra faire les diagnostics médicaux de demain, et permettre aux plus nantis de repousser les maladies fatales. La dernière limite, inacceptable, de l’inégalité ?